D’une certaine manière, l’observation révèle que dans l’évolution des systèmes éducatifs la part « subie » par rapport à la part « voulue » est trop importante. En effet, il apparaît dans bien des cas que les systèmes se sont davantage ajustés par défaut que suite à une action publique délibérée. La conséquence en est souvent un coût social concentré sur les « populations de moindre résistance » (i.e. les plus vulnérables), ainsi qu’une baisse de l’efficacité globale des systèmes.
Il est donc plus que jamais nécessaire de convaincre de la nécessité comme de la possibilité de redonner des leviers pour des politiques publiques mieux orientées vers l’intérêt collectif. Ces leviers pour le développement des systèmes éducatifs sont de trois ordres : une mobilisation suffisante des ressources publiques pour le secteur éducatif, un choix judicieux des grands paramètres de politique éducative, et une gestion pédagogique et administrative efficace.
Cela suppose le recours à un système d’information performant, doublé d’outils de pilotage tels que la carte scolaire. Dans l’intervalle, en cas de rareté persistante des moyens, les expériences diverses en termes de mode d’organisation de la classe (multigrade, recrutement alterné…) apportent en fonction de la situation géographique de l’école (zone urbaine/rurale) des solutions palliatives ayant fait leur preuve dans bon nombre de pays. Il paraît intéressant aussi de renforcer les politiques de compensation des difficultés de contexte local par l’allocation de moyens additionnels. La transformation des ressources en résultats au niveau de l’école Une fois que les ressources ont été allouées du niveau central au niveau des établissements, la question de la répartition et de l’utilisation de ces ressources est déterminante pour obtenir des résultats tangibles. Ces résultats doivent être explicitement décrits pour devenir la priorité d’action et de vigilance pour les responsables et acteurs locaux (inspecteurs, directeurs, enseignants, communauté villageoise ou de quartier,…). Les objectifs communs de ces acteurs sont de parvenir aux meilleurs résultats en termes : • d’acquisitions ; • de rétention des élèves tout au long du cycle avec le minimum de redoublements ; • d’attraction (capacité de l’établissement à attirer la population des enfants de sa zone d’attraction). Ces résultats appellent une certaine autonomie de décision des établissements. Par exemple, les objectifs de rétention et « d’attraction » seront servis par une adaptation de l’offre locale en fonction des spécificités de la demande (l’exemple le plus souvent cité étant une adaptation au calendrier agricole dans les zones rurales), ou par des mesures maintenant mieux connues de stimulation de la demande (comme par exemple le fonctionnement de cantines scolaires). Sur les résultats en terme d’acquisitions, il existe bien des possibilités dans les modes d’organisation scolaire, dans les combinaisons d’intrants scolaires et dans les pratiques enseignantes qui font des différences notables dans le niveau d’acquisition des élèves. Il est important en la matière de dépasser les idées reçues et de disposer de moyens d’évaluation objectifs des facteurs organisationnels, des facteurs matériels, et des pratiques enseignantes qui combinées permettront aux enfants d’apprendre. Certes, le contexte socio-économique et local ainsi que les caractéristiques individuelles de l’élève exercent une influence sur les résultats. Mais il existe une spécificité africaine, révélée par les études empiriques, qui montre que la part explicative des conditions de scolarisation par rapport aux facteurs extérieurs à l’école est particulièrement élevée ce qui ouvre la possibilité d’une politique volontariste efficace pour dépasser les inégalités sociales et économiques. Nous avons vu plus haut qu’il était intéressant d’essayer de compenser les inégalités de situation par des allocations supplémentaires de moyens dans les zones difficiles. Mais pour ce qui nous concerne ici, on peut jouer également sur les facteurs d’organisation scolaire dont l’impact sur les apprentissages a été le plus prouvé, à savoir par exemple le temps d’enseignement effectif (jusqu’à présent faiblement contrôlé), la motivation de l’enseignant ou encore la pratique pédagogique en classe.