Parvenir aux résultats : options et priorités pour les politiques publiques

L’état des lieux et des tendances faisant apparaître un risque certain de non atteinte de l’Objectif du Millénaire pour le développement, du moins à la date fixée pour bon nombre de pays, il faut étudier les conditions d’une accélération des progrès. Le levier de tout système éducatif étant la politique nationale menée, et cette dernière s’exerçant dans un cadre budgétaire contraint, cela appelle une analyse comparative des choix opérés à chaque niveau d’arbitrage de la politique éducative, afin d’identifier, en fonction des objectifs, les marges de manœuvre et les options possibles.

D’une certaine manière, l’observation révèle que dans l’évolution des systèmes éducatifs la part « subie » par rapport à la part « voulue » est trop importante. En effet, il apparaît dans bien des cas que les systèmes se sont davantage ajustés par défaut que suite à une action publique délibérée. La conséquence en est souvent un coût social concentré sur les « populations de moindre résistance » (i.e. les plus vulnérables), ainsi qu’une baisse de l’efficacité globale des systèmes.

Il est donc plus que jamais nécessaire de convaincre de la nécessité comme de la possibilité de redonner des leviers pour des politiques publiques mieux orientées vers l’intérêt collectif. Ces leviers pour le développement des systèmes éducatifs sont de trois ordres : une mobilisation suffisante des ressources publiques pour le secteur éducatif, un choix judicieux des grands paramètres de politique éducative, et une gestion pédagogique et administrative efficace. 

  1. Mobiliser suffisamment de ressources publiques pour le secteur éducatif La mobilisation des ressources publiques pour l’éducation est d’abord liée à la capacité de l’Etat à mobiliser des ressources propres (pression fiscale), capacité qui à court terme est relativement exogène pour la politique éducative car très liée au niveau de développement économique du pays. Cependant elle dépend également de la priorité accordée à l’éducation dans les arbitrages budgétaires entre les secteurs. Or, les options retenues en la matière restent très différentes en 2003, la part des dépenses courantes d’éducation variant de moins de 5% à plus de 30% du total !
  2. Opérer les choix déterminants sur les grands paramètres de politique éducative Les marges de manoeuvre au sein des grands arbitrages de politique Des choix politiques faits en matière d’allocation intra-sectorielle et d’utilisation des ressources, on observe une forte variabilité, signe des marges de manœuvre existantes dans certains pays :
    Arbitrage intra-sectoriel. La répartition de l’enveloppe pour l’éducation entre les différents niveaux d’enseignement diffère fortement d’un pays à l’autre : échelle de 23 à 62% pour la part allouée au primaire (ajusté à six années), de 11 à 52% pour la part allouée au secondaire (sept années), de 8 à 49% pour la part allouée au supérieur. Arbitrage quantité-dépense par élève.
    Le coût unitaire par élève, qui, faible, donne priorité à la quantité d’élèves scolarisés et, fort, à la qualité (supposée) de l’enseignement oscille pour le primaire entre moins de 7% du PIB/habitant à plus de 20%, pour le secondaire de 14 % à 63%, et pour le supérieur de 50% à près de 800 % ! Arbitrage à l’intérieur de la dépense unitaire. La répartition du coût unitaire par élève entre les différents types de dépenses peut exprimer une priorité accordée : 1/ au salaire moyen des enseignants (variant de moins de 2 à 8 fois le PIB/habitant sur les 33 pays étudiés), 2/ à la diminution des tailles de classe (de 15 à 70 élèves par maître), ou encore 3/ à d’autre mesures recouvrant un objectif de qualité (les dépenses hors salaires enseignants s’étalant entre 4 et 45% des dépenses courantes totales). La variété observée de ces options de politiques et la meilleure réussite de certaines d’entre elles sont une indication pour chaque pays des marges de manœuvre à combiner pour composer les politiques éducatives lui permettant d’atteindre les grands objectifs fixés. Les marges de manœuvre dans la gestion des flux d’élèves La gestion des flux d’élèves sur l’ensemble du système éducatif, qui détermine in fine la répartition budgétaire entre cycles et la dépense par élève (qualité), demande une régulation à deux niveaux : (i) La régulation à l’intérieur des cycles : il s’agit d’améliorer la rétention en commençant par lutter contre les niveaux trop élevés de redoublements, dont les études au niveau individuel et global contestent fortement l’efficacité pédagogique, alors même qu’ils sont le premier déclencheur des abandons et qu’ils gaspillent une part importante des ressources nationales ; certaines mesures comme l’introduction de sous-cycles à l’intérieur desquels le redoublement n’existe plus ont été expérimentées avec succès ; l’autre volet de lutte contre l’abandon passe par des politiques d’adaptation de l’offre aux contextes locaux.
  3. Améliorer la gestion administrative et pédagogique du système L’allocation des moyens aux écoles L’équité passe par une allocation des moyens (en premier lieu les enseignants) jusqu’aux écoles qui répondent aux besoins (mesurés en premier lieu par le nombre d’élèves). demande d’éducatio

Cela suppose le recours à un système d’information performant, doublé d’outils de pilotage tels que la carte scolaire. Dans l’intervalle, en cas de rareté persistante des moyens, les expériences diverses en termes de mode d’organisation de la classe (multigrade, recrutement alterné…) apportent en fonction de la situation géographique de l’école (zone urbaine/rurale) des solutions palliatives ayant fait leur preuve dans bon nombre de pays. Il paraît intéressant aussi de renforcer les politiques de compensation des difficultés de contexte local par l’allocation de moyens additionnels. La transformation des ressources en résultats au niveau de l’école Une fois que les ressources ont été allouées du niveau central au niveau des établissements, la question de la répartition et de l’utilisation de ces ressources est déterminante pour obtenir des résultats tangibles. Ces résultats doivent être explicitement décrits pour devenir la priorité d’action et de vigilance pour les responsables et acteurs locaux (inspecteurs, directeurs, enseignants, communauté villageoise ou de quartier,…). Les objectifs communs de ces acteurs sont de parvenir aux meilleurs résultats en termes : • d’acquisitions ; • de rétention des élèves tout au long du cycle avec le minimum de redoublements ; • d’attraction (capacité de l’établissement à attirer la population des enfants de sa zone d’attraction). Ces résultats appellent une certaine autonomie de décision des établissements. Par exemple, les objectifs de rétention et « d’attraction » seront servis par une adaptation de l’offre locale en fonction des spécificités de la demande (l’exemple le plus souvent cité étant une adaptation au calendrier agricole dans les zones rurales), ou par des mesures maintenant mieux connues de stimulation de la demande (comme par exemple le fonctionnement de cantines scolaires). Sur les résultats en terme d’acquisitions, il existe bien des possibilités dans les modes d’organisation scolaire, dans les combinaisons d’intrants scolaires et dans les pratiques enseignantes qui font des différences notables dans le niveau d’acquisition des élèves. Il est important en la matière de dépasser les idées reçues et de disposer de moyens d’évaluation objectifs des facteurs organisationnels, des facteurs matériels, et des pratiques enseignantes qui combinées permettront aux enfants d’apprendre. Certes, le contexte socio-économique et local ainsi que les caractéristiques individuelles de l’élève exercent une influence sur les résultats. Mais il existe une spécificité africaine, révélée par les études empiriques, qui montre que la part explicative des conditions de scolarisation par rapport aux facteurs extérieurs à l’école est particulièrement élevée ce qui ouvre la possibilité d’une politique volontariste efficace pour dépasser les inégalités sociales et économiques. Nous avons vu plus haut qu’il était intéressant d’essayer de compenser les inégalités de situation par des allocations supplémentaires de moyens dans les zones difficiles. Mais pour ce qui nous concerne ici, on peut jouer également sur les facteurs d’organisation scolaire dont l’impact sur les apprentissages a été le plus prouvé, à savoir par exemple le temps d’enseignement effectif (jusqu’à présent faiblement contrôlé), la motivation de l’enseignant ou encore la pratique pédagogique en classe.

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